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Au Mali, l’intelligence artificielle ouvre un chantier de souveraineté numérique

Entre centre de recherche, outils en langues nationales et montée des usages, le Mali cherche encore le cadre qui permettra d’exploiter l’intelligence artificielle sans abandonner ses données ni son espace informationnel.

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Un intervenant prend la parole lors d’une conférence consacrée à l’intelligence artificielle
Un intervenant lors d’une conférence consacrée à l’intelligence artificielle. Photographie d’archives, sans lien direct avec les institutions maliennes citées dans l’article. Photo Kyla Jade, Wikimedia Commons, CC BY 4.0.

Le Mali dispose désormais de plusieurs briques techniques pour développer l’intelligence artificielle, mais le pays doit encore les inscrire dans une politique nationale cohérente. Dans un entretien publié vendredi 23 octobre par l’Agence malienne de presse, l’expert Tidiani Togola estime que la priorité est de protéger les données, d’encadrer les usages et de rendre les outils accessibles dans les langues nationales.

Le Centre d’intelligence artificielle et de robotique du Mali, créé en 2023, constitue le principal point d’appui institutionnel. Son site de Kati a été inauguré le 21 septembre 2026, selon les autorités maliennes. Le pays dispose aussi d’un centre de données annoncé conforme au niveau Tier III. Ces équipements peuvent soutenir des applications dans l’agriculture, la santé, les services financiers et l’administration, à condition que les données sensibles restent traitées sous un contrôle clairement défini.

Des équipes locales ont déjà commencé à travailler sur les contraintes propres au marché malien. RobotsMali et MALIBA-AI développent notamment des outils de reconnaissance ou de synthèse vocale en bamanankan, en bomu, en dogon et en songhaï. Leur progression dépend de corpus audio suffisamment vastes et correctement documentés, alors que les langues nationales restent peu représentées dans les grands modèles internationaux.

Le cadre juridique avance moins vite que la technologie. La protection des données repose encore largement sur une loi adoptée en 2013 et aucune stratégie nationale de l’intelligence artificielle n’a, à ce jour, été rendue publique. Tidiani Togola plaide pour des obligations de transparence, des règles précises sur les contenus truqués, une modération multilingue et des voies de recours accessibles aux citoyens.

La question est aussi informationnelle. Les outils génératifs peuvent accélérer la production de faux textes, sons et vidéos dans un pays où l’accès à une information vérifiée demeure inégal. L’expert appelle à renforcer l’éducation aux médias, la formation des magistrats et des enquêteurs, ainsi que la coopération entre autorités, chercheurs, médias et plateformes.

Le défi consiste enfin à élargir les usages sans aggraver les écarts d’accès. Environ 35 % de la population malienne utilise internet, selon les données citées dans l’entretien, tandis que les services de paiement mobile ont fortement progressé. Le potentiel économique est réel, mais il dépendra de l’accès à l’électricité, de la formation technique et de la capacité des institutions à auditer les systèmes déployés.

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